ELLES

ELLES


A toutes ces femmes
Traversées par la guerre
De Troie en Anatolie
De Vire en Normandie
A toutes ces cicatrices
Que les combats des hommes
Ont marqué à jamais
Sur des générations
Et des générations
Et des générations
Et des générations
D’ELLES


Projet de Territoire

-Recueillir des mémoires
-Animer des ateliers d’écriture
-Finaliser avec une performance poétique et collective ELLES
en invitant les femmes rencontrées à y participer

Dossier artistique en cours d’écriture / Projet en recherche de partenaires

Note d’intention

« Le projet d’écriture poétique, ELLES, a commencé avec la pièce de théâtre de rue que j’ai écrite et montée en 2024, Iphigénie. Donner la parole à cette jeune princesse grecque sacrifiée pour que le vent se lève et que la guerre de Troie puisse avoir lieu.
Plus tard, j’ai appris un secret de famille. En lien avec ma grand-mère maternelle pendant la seconde guerre mondiale. J’ai eu besoin d’écrire son histoire, sous la forme utilisée pour Iphigénie, l’épique-poétique, en référence aussi à l’écriture de Jean-Pierre Siméon dans Stabat Mater Furiosa – à la frontière du théâtre épique et de la poésie, pièce qui parle aussi de la guerre à travers la voix d’une femme.
Dans ce projet ELLES, au delà de mon histoire trans-générationnelle, c’est aussi la possibilité de rencontrer d’autres histoires, d’autres figures de femmes en lien avec les guerres, passées et présentes. Les cicatrices, les récits, les secrets qui se sont transmis de génération en génération. La mémoire des femmes, la parole des femmes., le traumatisme des femmes. Qu’elles-mêmes ou leurs ancêtres ont vécu ou tu. »

Delphine BOISLIVEAU


Extrait

2- Le fantôme d’Iphigénie

Je refais surface
Depuis le vide
Depuis ces mondes éloignés
D’où je suis revenue
Désormais je creuse l’inattendu
Je pénètre l’absence
Du rien d’un trou de sable
Je reviens
Je reviens pour dire
Pour vous donner preuve de mon existence
Je reviens pour faire trace
Il est temps de prendre la parole
Il est temps d’ouvrir les lèvres
D’agiter la langue
D’articuler le fond de ma mâchoire.
Déchirer tous les voiles obscurcis
Par la dictature des pères
Oser franchir la frontière de ces silences
Pour toutes nos filles à venir
Je reviens pour dire encore
Et insuffler au creux de vos organes
L’heure du réveil de la révolte nécessaire
Et le tremblement de vos soumissions
Je porte sur moi les errances familiales
Les fruits pourris de l’arbre
Et ceux qui n’ont jamais pu mûrir.
J’aurai tant à dire
De ce qui s’est passé
Mon cou blanc n’a rien vu venir
Plane la guerre
Et ses immondices
Plane le pouvoir des rois
Et leur indécrottable imagination
Que nous leur appartenions
Je ne me suis jamais appartenu à moi-même
Je n’en ai pas eu le temps
Déposée à l’autel d’une noce mortifère
La promesse d’une union devenue sarcophage
J’erre depuis dans les brèches du cœur
Des jeunes filles en fleur
Des demoiselles fanées
Et des femmes fardées
Je m’engouffre fantôme
Fantasme abandonné
Et je creuse avec elles le sillon
Des amours ratés
Et mes lianes entrelacées
Étouffent le désir en liberté.
Pour une guerre
Pour une victoire
Pour la reconquête d’un territoire
Qu’ils appellent femme
Celui qui se dit père
Celui là même qui a jouit dans ma mère
L’espace bref d’un instant
Celui là même qui se dit père
a consenti à faire tomber un fruit trop vert
Qu’est ce qu’un enfant ?
Quelle valeur porte-t-il
Pour que sa vie vaille moins cher que la brise du vent ?
Depuis ombre
Depuis tiraillée par le sombre
Depuis les décombres
Je ne peux que errer
Corps qu’aucun homme ne put aimer
Corps qu’aucun homme ne put pénétrer
Vierge et terre sacrifiée
Je vous regarde vous femmes
Je vous regarde dans votre chair
Le désir déposé par les yeux d’un amant
Vous êtes vivantes et pourtant possédées
Par le même souffle du temps
Glissent sur ma poitrine verticale les mots en silence enfermés. 

Delf Boisliveau – 2024